Bien que la plupart des lecteurs de ce blog en aient sûrement déjà entendu parler, il n’est pas inutile de rappeler qui est Ron Paul.
Ron Paul est un des 9 candidats républicains à la présidence des USA en
2008. Gynécologue obstétricien de métier, il entra en politique en
1971 lorsque Richard Nixon décida de supprimer la convertibilité
Or/Dollar. Rapidement élu (républicain) à la chambre des représentants,
il fut l’un des premiers soutiens de Ronald Reagan dès 1976, quand
celui-ci, très peu connu hors de Californie, briguait l’investiture
républicaine contre Gerald Ford. En 1985, battu pour l’investiture
républicaine du Texas au sénat, il quitta la politique et retourna à
son cabinet médical, où il avait continué d’exercer à temps partiel
pendant ses premiers mandats à la chambre. Mais il décida qu’il ne
pouvait en rester là et fut candidat à la présidence des USA en 1988
sous l’étiquette du Parti Libertarien
(LP), une sorte d’Alternative Libérale US plafonnant à 0.4%
des voix depuis la nuit des temps
Sentant que le LP, malgré toute la sympathie qu’il suscite, ne serait
jamais en mesure d'avoir un poids politique significatif aux USA, il revint au parti
républicain (GOP), et fut à nouveau élu représentant du Texas.
Lorsqu’il décida de concourir pour la primaire républicaine en vue de
la présidentielle 2008, personne ne prit vraiment sa candidature au
sérieux, face aux Giuliani, Romney, McCain ou Thompson.
Totalement ignoré par la presse mainstream, il semblait condamné à un
rôle de figuration.
C’était sans compter Internet et la formidable capacité du réseau à
engendrer du buzz autour d’idées sortant de l’ordinaire, pourvu
qu’elles soient exprimées avec talent. Très vite, Ron Paul est devenu
une des requêtes les plus populaires sur Google, son
channel sur
Youtube est le plus visité, avec celui du démocrate Obama.
Les sites de
Fans se multiplient, y compris à l’étranger (ex: Ron
Paul France), où l’on commence à
percevoir les signes d’un véritable engouement pour cet OVNI politique.
Giuliani et Romney, pour ne citer qu’eux, sont loin de susciter les
mêmes « vibrations ». Son ostracisation initiale par
les
médias traditionnels, plutôt biaisés à gauche (aux USA aussi
) et peu
soucieux de promouvoir cet empêcheur de faire de la politique entre
potes, a laissé la place à une véritable curiosité médiatique, le
docteur Paul apparaissant de plus en plus en plus souvent dans les Talk
Shows les plus populaires. Il semble bien que pour la première fois, Internet
puisse "faire" un candidat.
Le discours de Ron Paul est absolument décapant dans le contexte de
socialisme rampant qui prévaut actuellement aux USA, où le parti
républicain au pouvoir, trahissant sans vergogne ses idéaux fondateurs
et les acquis de l’époque Reaganienne, étend les limites de
l’intervention fédérale au-delà du raisonnable, tant au niveau
économique qu’au niveau sécuritaire. De nombreux électeurs républicains
proches de la pensée libertarienne*, déboussolés par ce reniement, se
sont abstenus de se rendre aux urnes lors des élections du Mid Term de
2006, provoquant la victoire démocrate. Ces élections n’ont pas marqué
une adhésion massive aux valeurs démocrates, mais un rejet de
l’interventionnisme débridé des néo-conservateurs, nous pourrions
presque dire de la "chiraquisation" du GOP.
Dans ce contexte, la candidature de Ron Paul est apparue comme une
bouffée d’air frais à de nombreux républicains nostalgiques de l’ère
Reagan, et soucieux de retrouver un candidat favorable à un
gouvernement minimal, non seulement en paroles, mais dans les actes,
bref, un homme dont les valeurs liberales-classiques* seraient fondées
sur un socle de principes d’une fermeté à toute épreuve.
Et question principes, avec Ron Paul, ils sont servis. Sa ligne de
conduite est simple et constante, ses adversaires disent
"psychorigide" : il ne vote une loi que
lorsqu’elle
lui parait en accord avec la constitution des USA.
Cela lui
a valu le surnom de "Doctor No" au sein du congrès. Je
ne suis
pas forcément convaincu par toutes ses prises de position
(isolationnisme, étalon-or, frontières-bunker contre l’immigration),
mais là n’est pas la question du jour. Force est de reconnaître que sur
de nombreux sujets (dépenses publiques, défenses des libertés
individuelles, rôle et périmètre de l’action du gouvernement fédéral,
business, fiscalité
), son élection constituerait, au niveau américain
et mondial, un bain de jouvence politique sans précédent. A ce jour, il
m’apparaît comme le candidat le plus intéressant de l’élection à venir,
et de loin.
Ainsi, il a de nombreuses fois voté contre des propositions de loi
émanant de son propre parti, voire même contre ses propres convictions
morales, car il estimait que la constitution ne lui permettait pas
d’imposer cette morale à tous les états fédérés. Ainsi, bien que
farouche opposant à l’avortement (encore un point qui nous
sépare), il a refusé de voter une loi issue de l’aile
religieuse
du GOP permettant de limiter au niveau fédéral le droit à l’avortement,
parce qu’à la lecture de la constitution américaine, il estime que la
question relève des états fédérés et non de l’état fédéral, et que
celui-ci ne pouvait donc en aucun cas imposer une vue restrictive aux
états de l’Union. Il a également refusé d’adhérer au très avantageux
système de retraite des congressmen américains (là bas aussi
),
totalement inconstitutionnel à ses yeux. Il a voté contre le
très contestable patriot act.
Il a aussi voté, avec seulement 3 autres représentants (contre 422),
contre la loi Sarbanes Oxley, élaborée suite à l’émotion causée par
l’affaire Enron, parce que cette loi supposée renforcer la clarté des
comptes de sociétés cotées conduirait selon lui à inverser la charge de
la preuve au détriment de la présomption d’innocence des entrepreneurs,
et augmenterait dans des proportions considérables le coût d’opération
administratif des entreprises. Sa
critique de Sarbanes Oxley peut être
contestée par certains, elle n’en est pas moins d’une brillante
intelligence, qui prouve que le Dr. Paul a une compréhension de
l’économie très supérieure à celle du politicien américain et français
moyen.
Mais de toutes ses positions, c’est évidemment son opposition constante
à la guerre contre l’Irak qui le distingue des 8 autres candidats
républicains, et même des favoris démocrates. Quand bien même cette
position est aujourd’hui populaire aux USA, il n’en allait pas de même
en 2003 : Apparaître aujourd’hui comme celui qui a eu raison
contre tous dès le début est un atout majeur de Ron Paul. Là encore, on
peut s’interroger sur la pertinence d’une ligne politique
isolationniste à une époque où les ennemis de la liberté peuvent porter
à nos civilisations un coup mortel s’ils peuvent frapper les premiers,
mais sa position a le mérite d’être claire et cohérente face au
flip-flop des démocrates et de certains républicains d’abord favorables
à l’intervention puis perplexes devant l’enlisement du conflit, et de
moins en moins clairs quant aux objectifs politiques à long terme de
cette intervention.
Les républicains américains donneront ils l’investiture du GOP à un
libertarien affirmé et assumé ? Ce n’est pas encore sûr, car
un
Giuliani (actuellement favori des sondages) peut encore largement
trouver les arguments nécessaires pour apparaître comme une alternative
"rassurante" et conservatrice face à un candidat de
rupture qui pourrait rimer avec "aventure" aux yeux de certains.
Mais d’ores et déjà, des indices très encourageants montrent que le
phénomène Ron Paul prend de l’ampleur, et que sa place sur l’échiquier
politique US est bien plus importante que ne le laissent croire les
sondages de notoriété spontanée. Ainsi, sa
collecte de fonds est très
supérieure aux attentes, alors que celle d’autres candidats
plus
médiatiques, comme John McCain, marque le pas, ayant conduit ce dernier
à licencier une partie de son staff de campagne. Selon diverses sources
de presse, la moitié des dons en provenance de militaires seraient
destinés à Ron Paul, ce qui, dans un contexte où les USA se trouvent à
la croisée des chemins par rapport à la conduite à tenir en Irak, n’est
pas innocent.
Aux USA, les opinions peuvent évoluer très vite, dans un sens
comme dans l’autre. En Août 1975, un certain Jimmy Carter ne
recueillait que 1% d’intention de votes dans les sondages parmi les
électeurs démocrates, avec une notoriété spontanée quasi nulle. Des
candidats comme Bill Clinton ou John Kerry sont apparus sur le devant
de la scène au dernier moment, alors qu’ils étaient totalement méconnus
du grand public quelques années auparavant.
A ce jour, on ne peut donc pas savoir si le candidat républicain
s’appellera Ron Paul, mais c’est loin d’être inconcevable. Telle est la
grande force du système politique américain : un candidat
partant
de rien peut établir le contact avec les électeurs, et s’il arrive à
convaincre des millions de gens ordinaires de soutenir sa campagne, il
peut triompher contre les grands états majors qui règlent la vie des
grands partis. En tout cas, il pourra défendre régulièrement ses
chances, bien qu’il se soit montré totalement indépendant vis-à-vis de
la ligne politique dominante de son parti.
Cette situation est à opposer à celle de la vie politique
française, où un élu qui se serait permis de voter de façon répétitive
contre les positions de son parti et son gouvernement sur
des sujets aussi sensibles qu’une guerre serait inévitablement privé de
toute investiture par les organes centraux du parti. Georges Mesmin,
député libéral du XVIème arrondissement, en sait quelque chose, lui
qui
fut littéralement lâché et traîné dans la boue par
l’establishment RPR-UDF simplement pour avoir osé voter une fois contre
un budget
présenté par Alain Juppé, et finalement éjecté de sa
circonscription par Claude Goasguen.
Le cas de Mesmin illustre à la perfection pourquoi il est
inenvisageable qu’un candidat de rupture, de l’acabit d’un Ron Paul,
puisse jamais obtenir l’investiture d’un grand parti de gouvernement en
France. Chez nous, tous ces partis sont jacobins, les investitures sont
validées, voire décidées à Paris par des bureaux exécutifs ou des
comités centraux, et le mode de financement
"top-down" de
nos partis du sommet vers le candidat, encadré par des seuils aussi
sévères qu’absurdes, empêche pratiquement l’émergence de candidatures
indépendantes crédibles hors de l’étiquette d’un grand parti pouvant
capitaliser sur sa notoriété, sa marque. Même inconnu, vous êtes
candidats de l’UMP, du PS, ou sinon, vous n’êtes rien. Par conséquent, vous
devez une loyauté quasi parfaite, sur les sujets médiatiques, aux
instances centrales de votre parti, pour espérer en gravir les
échelons. Voilà pourquoi des anciens de DL passés à l’UMP, comme
Jean-Pierre Raffarin, ont été si
prompts à "chiraquiser" leur ligne politique lorsque l’occasion d’aller à la soupe
leur fut
servie.
Le système américain suscite souvent des critiques chez nous à cause du
coût de ses campagnes électorales. Mais pour imparfait qu’il soit, ce
système donne la chance à une personne capable de motiver des millions
d’électeurs à donner un peu de temps ou d’argent, de renverser les
paradigmes dominants de son parti, et d’introduire des ruptures
salutaires dans les grandes tendances politiques du moment. Au
contraire, le
verrouillage de la vie politique française par une
nomenklatura perfusée à l’argent public nous condamne aux
rupturettes
cachant mal un conservatisme acharné, visant à maintenir
coûte
que coûte les bases de notre état nounou et les privilèges qui s’y
rattachent.
Non, décidément, en France, Ron Paul n’aurait aucun avenir, car un
homme de principes ne peut pas survivre en politique dans notre pays.
Cent fois hélas.
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Lire aussi: Ron
Paul 2008, Ron Paul France,
Un point de
vue libéral (ch)
* rappel pour les
nouveaux lecteurs (il y en a ?) : Le terme "libéral" signifiant aux USA
"gauchiste", les libéraux classiques américains ont inventé le terme
"libertariens" pour se distinguer de la masse. En France, libertarien a
un sens encore différent puisqu'il signifie "anarcho-capitaliste".
Pas clair ? Cette vieille note vous permettra de connaître les
différents courants du libéralisme.













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