« Droit Au Logement Opposable (DALO) : bilan d'étape d'un échec annoncé | Accueil | Brèves »

vendredi 12 décembre 2008

Commentaires

Flux Vous pouvez suivre cette conversation en vous abonnant au flux des commentaires de cette note.

ST

Je n'ai rien d'un expert dans ces questions, mais une partie de la réponse ne viendrait elle pas du fait que les acteurs financiers, extrêmement attentistes (et on les comprend), cherchent avant tout à rester liquide, et privilégient pour cela des bonds d'Etat à très court terme. Cela serait amplifié par l'effet "fin de l'année" et la volonté de laisser à la cloture des comptes, un bilan le moins risqué possible. C'est en parti corroboré par cet article :

http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=aOGXsWKEI6F4&refer=worldwide

La demande pour les bons du trésors américain à 3 mois et même à 4 semaines est telle qu'ils se négocient à des taux réels négatifs (et des taux affichés de 0.005% voir 0%).

Les investisseurs préfèrent être à 0% sur 3 mois avec des bons du trésors américain (et un dollars qui se maintient pour l'instant assez fort), qu'à 4% ou plus sur 3 ans avec des bons allemands en euros.

Et pour ce qui est, vous en parlez en conclusion, des bons américains à long terme qui demeurent à des taux particulièrement bas, c'est plus compliqué en effet. 2.63% sur des bons américains à dix ans, ca n'a vraiment rien de sexy, surtout si l'inflation prend le pas sur la déflation d'ici un an ou deux. Mais il faut croire que nous ne sommes pas seuls à penser que la bourse est loin d'avoir touché le fond, et que quitte à choisir des emprunt d'Etat, autant prendre ceux de l'Etat qui part dans la course au surendettement avec une longueur de retard. C'est assez flippant, parce que tout le monde parle (les américains en premier) du danger de l'explosion de la dette publique américaine, et personne ne semble vraiment s'en soucier ouvertement pour l'europe (les européens en premier) mais les marchés semblent penser autrement.

Si l'on revient au débat de la dette en France, c'est le deuxième avertissement indirect qu'on a en moins de 10 jours : le premier était de la (relative) faiblesse de nouvelles dépenses annoncées dans le plan de relance Sarkozy (qui témoigne plus à mon sens d'une incapacité inavouée à mobiliser des ressources nouvelles qu'une absence de volonté politique de déverser des milliards un peu partout). Le second étant cette attractivité de la dette américaine par rapport à celle des Etats européens, étrange par rapport aux discours, mais pas au vue des fondamentaux.

Jesrad

Les USA vont-ils s'échapper de la crise "à rebours", préparant ainsi une nouvelle future crise, de l'endettement fédéral, qui emportera cette fois tous les nouveaux créditeurs ? Ces mêmes créditeurs sont-ils en train de "sacrifier", dans leur esprit, l'Europe au profit temporaire des USA ?

Pour expliquer les faibles taux associés à un manque de preneurs, je crois tout simplement que c'est parce que les deux côtés de l'échange ont muté: la monnaie (euro et dollar) a perdu la qualité de "sûreté" que les acheteurs de bons recherchent désormais. Et donc, ils fuient la monnaie pour ce qui leur paraît plus sûr, même à 0%. Autrement dit, et parallèlement à ce que dit ST avec les considérations de liquidité, ils ne chercheraient pas à acheter des obligations, mais à fuir tout le reste.

On le vérifiera si les obligations françaises ne se vendent quasiment pas, ou alors à des souscripteurs d'un type totalement différent de l'ordinaire (des hedge-funds dans la dette française ?).

ST

@jesrad : si on a plus confiance dans la monnaie, acheter des bons du trésors n'est pas une solution, c'est même le pire des placements. Leur valeur est exprimée en devise nationale, et si le dollars s'écroule, ceux qui auront des bons du trésors à 10 ans recevront dans 10 ans des dollars dévalués et auront perdu l'essentiel de leur mise. Si on a vraiment plus confiance dans les monnaies, il n'y a guère que les commodities : acheter de l'or physique, des matières premières ... autant de biens dont on connait la volatilité des prix, mais qui ne sont que peu soumis aux aléas de l'inflation.

Jesrad

OK, donc mon idée tombe à plat. Je cherche en fait une explication marginaliste d'une baisse des acheteurs d'un produit dont le prix baisse: si ce n'est que l'utilité de ce qu'ils échangent à la place (la monnaie) n'a pas baissé encore plus, c'est que leurs fonds s'investissent ailleurs. Et si c'est la liquidité qui a augmenté en utilité pour eux, ils se rabattent logiquement sur les bons au plus court terme possible... pendant que ceux qui ne se considèrent pas en danger continuent d'investir comme avant, d'où le faible taux ?

Cela voudrait dire qu'il faut fuir les actions et obligations de tous ceux qui se précipitent sur les bons à très court terme ?

ST

@jesrad : c'est l'idée. Rester liquide pour être en position de d'investir quand le fond sera touché. Ce qui n'est pas encore le cas semblent penser beaucoup de monde (que ceux là pensent que ce sera le cas dans 2 mois ou dans 12 mois, d'ailleurs). Cash is king. Et encore pour une certain temps. Et si pour un particulier liquide veut dire cash sur un compte a vue, pour un institution financière, ca veut dire bon du trésor a court terme, ca fait toujours mieux d'avoir un instrument financier sensé être un tant soit peu rémunérateur (même si ce n'est plus réellement le cas comme on l'a vu) dans son bilan publié au 31 décembre. Et apparemment, s'il y a marqué US Treasury dessus, ca le fait plus que s'il y a marqué Bundesministerium der Finanzen.

Franck Boizard

Je vous signale JP Chevallier en complet désaccord avec vous sur le point précis d ce message :

http://www.jpchevallier.com/article-25828150.html

ST

@Frank Boizard : intéressant en effet. Ceci dit il n'est pas en désaccord total. Il confirme comme on l'a dit qu'il y a une ruée des capitaux sur les bons du Trésors à court ou tres court terme pour des raisons conjoncturelles. Il apporte la précision tres intéressante que la cause des non souscription récentes proviendrait plus du manque de tresorerie des grosses banques européennes qui font le pont entre les émissions de bons du trésors et les marchés de capitaux. Et il abonde dans le sens de pas mal de chose lue récemment qui indiquent que la situation réelle des grosses banques européennes est aussi mauvaise que celles des géants américains. Il rejoint les déclaration d'un Jim Rogers qui pense que l'essentiel des plus grosses banques US sont virtuellement en faillite et que les injections de capitaux dont elles ont bénéficiées sont un outrage pour le reste des institutions financières saines (http://www.reuters.com/article/InvestmentOutlook09/idUSTRE4BA5CO20081211). Et il confirme ce qu'on peut lire sur le financial times sur le risque majeur que certains grands établissements bancaires européens font courir aux économies nationales de part leur taille démesurée : http://ftalphaville.ft.com/blog/2008/11/12/18122/spot-of-swiss/

En substance, il pourrait bien se passer la meme chose qu'en Islande ou la chute de deux banques dont les actifs dépassaient de beaucoup le PIB du pays. Ainsi les actifs cumulés d'UBS et du Credit Suisse sont 6 à 7 fois plus gros que le PIB de la Suisse. Si vraiment il se confirme que la situation de ces banques est nettement moins rose qu'annoncée, on pourrait passer du Too big to Fail (trop grosse pour risquer de les laisser tomber) au Too big to Save (trop grosse pour être capable de les sauver).

Tout ceci est fort intéressant, et ne remet pas en cause la santé financière des Etats qui est loin d'être reluisante, même si l'article de Chevallier écarte une corrélation entre ce qu'on peut voir sur le marché des capitaux et des bons du trésor et la solvabilité des Etats. A court terme et dans un marché ou tout le reste s'effondre, ca peut faire sens. A moyen ou long terme, c'est deja une autre histoire.

Pour moi, l'indice le plus frappant du problème de solvabilité de la France (pour ne parler que d'elle), c'est l'analyse du plan de relance Sarkozy que j'attendais nettement plus dispendieux. Si on enlève toutes les dépenses prévues mais seulement avancées (remboursement anticipé de credit d'impot, reduction des délais de paiement etc ...), il ne reste plus grand chose comme nouvelle dépense franche. Comme je ne crois pas à la frugalité de nos dirigeant quand il s'agit de "relancer", j'opte plus sur l'incapacité à faire plus. Si on ajoute cela au retrait anticipé de la réforme du lycée face à 3 clampins dans les rues, on a vraiment l'impression que le gouvernement sait des choses qu'il ne dit pas.

L'utilisation des commentaires est désactivée pour cette note.

Ob'lib' 2.0

  • |  RSS | | http://www.wikio.fr

    Partager cette page | Mon profil Facebook | mon fil twitter

Mon fil Twitter

distinctions

  • Wikio - Top des blogs | Wikio - Top des blogs - Politique