Je signale au lecteur pas trop pressé la sortie récente d'un rapport d'une organisation internationale basée au Brésil (The Global Commission on Drug Policies) et signé d'une liste assez impressionnante du monde politique et économique international (Paul Volcker, et les anciens présidents du Mexique, de la Colombie et du Brésil, entre autres) condamnant sans appel l'échec abyssal de la guerre contre la drogue. Extrait (passages en gras d'Ob'Lib'):
The implementation of the war on drugs has generated widespread negative consequences for societies in producer, transit and consumer countries. These negative consequences were well summarized by the former Executive Director of the United Nations Office on Drugs and Crime, Antonio Maria Costa, as falling into five broad categories:
1. The growth of a ‘huge criminal black market’, financed by the risk-escalated profits of supplying international demand for illicit drugs.
2. Extensive policy displacement, the result of using scarce resources to fund a vast law enforcement effort intended to address this criminal market.
3. Geographical displacement, often known as ‘the balloon effect’, whereby drug production shifts location to avoid the attentions of law enforcement.
4. Substance displacement, or the movement of consumers to new substances when their previous drug of choice becomes difficult to obtain, for instance through law enforcement pressure.
5. The perception and treatment of drug users, who are stigmatized, marginalized and excluded.
Et encore:
Drug policies must be based on human rights and public health principles. We should (...) treat people dependent on drugs as patients, not criminals.
Certain fundamental principles underpin all aspects of national and international policy. These are enshrined in the Universal Declaration of Human Rights and many international treaties that have followed. Of particular relevance to drug policy are the rights to life, to health, to due process and a fair trial, to be free from torture or cruel, inhuman or degrading treatment, from slavery, and from discrimination. These rights are inalienable, and commitment to them takes precedence over other international agreements, including the drug control conventions. As the UN High Commissioner for Human Rights, Navanethem Pillay, has stated, “Individuals who use drugs do not forfeit their human rights. Too often, drug users suffer discrimination, are forced to accept treatment, marginalized and often harmed by approaches which over-emphasize criminalization and punishment while under-emphasizing harm reduction and respect for human rights".
Leurs propositions sont encore un peu tièdes à mon goût, elles abordent surtout la dépénalisation des consommateurs, pas suffisamment la question de la production et de la distribution, mais au moins, ces personnalités font oeuvre utile en démontrant, exemples à l'appui, que les politiques non répressives obtiennent de bien meilleurs résultats et créent bien moins de dommages collatéraux.
---------
Lire :
Le rapport (PDF, 16 pages) cosigné par, entre autres: Paul Volcker, George Schultz, Ernesto Zedillo, Fernando Enrique Cardoso, Cesar Gaviria, Richard Branson, Mario Vargas Llosa...
Articles précédents sur le même sujet - De votre serviteur :
Il faut arrêter d'urgence la guerre contre la drogue (Objectif Eco)
Afghanistan, pourquoi la guerre risque d'être perdue (Ob'Lib')
Drogue: le coût de la guerre ( publié par le nouvel économiste)
Drogue: sortir des impasses de la prohibition (interview, les dossiers du net)
Autres auteurs :
Cannabis.free.fr, une mine de textes pro légalisation
Dossier "légalisation" du JDN - textes pro et anti légalisation.
Dossier du Cato Insitute
A Drug War Carol, une BD pédagogique et parodique de Charles Dickens, désormais disponible aussi en français.
Autres articles par la Global Commission on Drug Policies
Plusieurs PDF de très bon niveau ici et notamment le texte de Moses Naim intitulé "The Drug Trade, The Politicization of criminals and the criminalization of politicians"
Et à voir et revoir, évidemment...
Traffic, Le chef d'oeuvre de Steven Soderbergh, avec Michael Douglas (IMDB), qui résume toutes les questions dérangeantes posées sur la politique de "guerre à la drogue".
----------













Dans le même ordre d'idée, on se félicitera que 2 candidats à la nomination du Parti Républicain pour l'élection présidentielle de 2012 sont ouvertement pour la fin de la War on Drugs, à savoir Gary Johnson et Ron Paul. Il n'y aura évidemment que nous pour ne pas être étonné qu'ils soient tous deux d'une forte tradition libérale (au sens français et classique du terme).
Rédigé par : ST | vendredi 10 juin 2011 à 09h33
Pour ce qui concerne la légalisation, l'exemple de l'Espagne n'est absolument pas probant puisqu'il y a eu une explosion des victimes d'overdose das les mois qui ont suivi.
D'autre part en France, il y a plusieurs points de vue qui s'opposent
- L'UMP qui a le soutien sur ce point d'environ 65% de la population (selon des sondages récents) est pour la repression et donc le maintien du statu quo actuel.
Il y a aussi des specialistes des addictions comme le Dr Lowenstein (qu'on voit beaucoup dans les médias) qui sont pour la repression contre les trafiquants mais pour l'amnistie complète des consommateurs.
Il ne faut pas être naif pour comprendre que de tels médecins y trouvent un intèrêt économique majeur.Car davantage de malades à soigner puisque les drogués n'hesiteraient plus à consulter n'ayant plus la crainte du penal.
On est là dans une posture de lobbying parfait de certains mileux médicaux.
Enfin il y a ceux qui veulent la légalisation totale avec une vente marchande par officine et sous controle de l'Etat ,pour disent-ils asphyxierfinancièrement les trafiquants.
Le problème c'est que personne n'est capable de prévoir ce que serait la reaction des trafiquants à une telle egalisation. N'oublions pas qu'il y aurait actuellement plus de 100 000 trafiquants en France.
Rédigé par : turnover | dimanche 19 juin 2011 à 18h50
@turnover
> Pour ce qui concerne la légalisation, l'exemple de
> l'Espagne n'est absolument pas probant puisqu'il y
> a eu une explosion des victimes d'overdose das les
> mois qui ont suivi
L'Espagne a plus dépénalisé que légalisé. Et une augmentation des overdoses dans une période transitoire n'est pas illogique, dès lors qu'on passe d'une traitement policier à un traitement médical et social d'un problème.
> Enfin il y a ceux qui veulent la légalisation
> totale avec une vente marchande par officine et
> sous contrôle de l'Etat ,pour disent-ils
> asphyxier financièrement les trafiquants.
Ou sans contrôle de l'Etat (sauf pour faire respecter l'interdiction de vente aux mineurs, comme pour l'alcool par exemple).
> Le problème c'est que personne n'est capable de
> prévoir ce que serait la reaction des trafiquants
> à une telle légalisation
On le sait très bien au contraire, car cela a déjà été fait : en 1933 aux Etats-Unis, la fin de la prohibition de l'alcool, fit chuté la criminalité organisée et surtout fit disparaître toute la petite criminalité lié à la distribution d'alcool d contrebande. Rappelons que la prohibition de l'alcool qui dura 13 ans fit au moins 10 000 morts liés à l'empoisonnement aux alcools frelatés, sans compter les cas de cécité, conduisit à la banalisation des alcools les plus forts, fit explosé la criminalité (augmentation des crimes violents, cambriolages etc ...), et surtout, augmenta durablement l'alcoolisme, sans jamais faire baisser la consommation d'alcool dans le pays.
Rédigé par : ST | lundi 20 juin 2011 à 10h03
@ST
>On le sait très bien au contraire, car cela a >déjà été fait : en 1933 aux Etats-Unis, la fin de >la prohibition de l'alcool...
C'est un peu ancien. Ce n'est plus la même époque, le même type de société.
Ceux qui vivent du trafic de drogue en France ce sont majoritairement des populations africaines et maghrébines dont on cerne mal les comportements.
Rédigé par : turnover | lundi 20 juin 2011 à 15h49
@turnover
> Ceux qui vivent du trafic de drogue en France
> ce sont majoritairement des populations africaines
> et maghrébines dont on cerne mal les comportements.
Hmm...
"Ceux qui vivaient du trafic d'alcool aux Etats-Unis pendant la prohibition étaient majoritairement des populations italiennes dont on cernait mal les comportements"
De toute façon ce n'est pas un argument contre la légalisation : on ne va pas continuer à criminaliser le trafic de drogue uniquement pour servir de pseudo exutoire à la petite criminalité. C'est bien la façon absurde de nos sociétés de traiter leurs problèmes.
Mais les vices ne sont pas des crimes, ou en tout cas ne devraient pas l'être, et à ce titre, ne devraient pas être criminalisés. A l'inverse, la lutte contre la criminalité, la vrai, celle qui porte atteinte aux personnes et aux biens, est de la responsabilité de l'Etat régalien : l'Etat devrait être tenu de lutter implacablement contre ces atteintes, au lieu de dilapider ses efforts et ressources sur l'emploi, le logement, ou que sais-je encore, qui relève de la responsabilité individuelle.
Rédigé par : ST | lundi 20 juin 2011 à 16h18
Côté gouvernement,la position reste très ferme.
Dépenalisation ou la légalisation, c'est non.
---------------
Le ministre de l'Intérieur Claude Guéant a affirmé que la lutte contre la drogue, y compris le cannabis, était "sans merci", en marge d'un déplacement à Maisons-Alfort (Val-de-Marne) le 21 juin , consacré à la saisie des avoirs des trafiquants.
"Pour le gouvernement, c'est très simple: il faut lutter contre la drogue et ce n'est pas en facilitant l'accès que l'on réduira la consommation. Notre lutte résolue contre la drogue est sans merci", a t-il souligné.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/06/21/97001-20110621FILWWW00648-drogue-lutte-sans-merci-selon-gueant.php
Rédigé par : turnover | mardi 21 juin 2011 à 18h32
@Turnover: paroles de politicien.
La vérité est que Guéant est infoutu de faire régner l'ordre sur une partie croissante du territoire.
http://www.leparisien.fr/paris-75/video-paris-des-milliers-de-chinois-manifestent-contre-l-insecurite-20-06-2011-1500057.php
(ce n'est pas propre à Guéant, ceci dit - disons qu'il est aussi con que la moyenne des énarques totalement déconnectés du réel).
Et puis, c'est bien connu, aucun politicien, aucun fils de politicien, n'a jamais sniffé le moindre rail de coke dans une partie fine... Aucun fils de président de la république n'a fumé de joints dans une fête bourgeoise d'une banlieue chic de paris.
Rédigé par : vincent | mardi 21 juin 2011 à 22h03
@turnover
C'est élans de politiciens sont pitoyables. Quand on regarde le nombre de consommateurs occasionnels ou réguliers de stupéfiants, ce genre de déclaration fait pleurer tellement le décalage est grand. Il y sans aucun doute possible beaucoup plus de consommateur de drogue aujourd'hui alors que la lutte est "totale et sans merci" qu'il y a 40 ou 50 ans. Cette lutte est de toute manière totalement vaine. Elle n'a jamais réussit nulle part. L'Etat n'arrive pas à arrêter la drogue d'entrer en prison, c'est à dire dans des établissements pénitenciers entourés de barbelés, où les détenus sont maintenus dans des cellules fermées, derrière des barreaux, surveillés par des gardes armés. Mais il veut l'empêcher de circuler dans la rue ??? La drogue est un problème médical et social, comme l'alcool.
Rédigé par : ST | mercredi 22 juin 2011 à 10h24