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lundi 29 octobre 2012

Commentaires

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MarcusVinicius

Bonjour Mr Bénard,

Je lis toujours avec plaisir vos billets qui sont toujours très clairs, précis, et argumentés.

Etant libéral, je suis d'accord avec l'idée que les déficits ne peuvent pas, sur du moyen ou long terme, engendrer de la croissance.
Mais comment concilier cette position économique orthodoxe avec les nouvelles des USA qui montrent un chômage en recul depuis deux mois, de façon assez nette, ainsi qu'une reprise de la croissance ? Les faits semblent aller à l'encontre de la théorie (parce que si j'ai bien suivi, l'administration Obama n'a fait que déverser des fleuves d'argent gratuit dans le système, ajoutés à une poursuite d'un endettement stratosphérique). Le keynésianisme serait donc finalement efficace ??
Est-ce la position particulière du dollar par rapport au reste du monde qui peut expliquer ce résultat contre-intuitif ? N'ayant qu'une culture limitée en économie, je m'interroge...

Mateo

@ MarcusVinicius

Imaginez que vous soyez à la tête d'un pays qui peut augmenter fortement son endettement sans que cela fasse monter les taux d'intérêt (*). En cas de crise, vous vous mettez à emprunter d'énormes sommes d'argent et vous utilisez cet argent pour embaucher des fonctionnaires. Le chômage baisse.
Ou alors, plutôt que d'embaucher direzctement des fonctionnaires, vous dépensez cet argent autant que possible. Cet argent sera versé à des entreprises, qui embaucheront (ou ne licencieront pas), ce qu'elles n'auraient pu faire sans les nouveaux marchés attribués par l'état. A leur tour, ces entreprises dépenseront cet argent frais en fournitures, salaires etc., ce qui donnera un surplus d'activité aux autres entreprises, qui à leur tour etc. ("multiplicateur keynésien"... Dont personne ne peut prouver qu'il est supérieur à 1).
Résultat: le chômage baisse.

Il baisse jusqu'au jour où il faudra rembourser ses dettes. Ce jour là, il faudra d'une façon ou d'une autre augmenter les prélèvements. Ces prélèvements vont alors constituer un fardeau pour l'économie et le chômage repartira à la hausse.
Mais ce n'est pas grave, car ce jour là ce ne sera plus vous qui serez au pouvoir, et avec un peu de chance, ce sera vos adversaires, et vous pourrez leur mettre la hausse du chômage sur le dos.

Donc oui, la relance keynésienne peut "marcher" à court terme. Mais au prix d'une future récession.

Les keynésiens vous diront que cela permet d'amortir, de lisser les chocs économiques dans le temps.
Les libéraux vous diront que globalement, à long terme, cela a un effet négatif, car on a alors empêché la purge économique de se faire, et donc la destruction créatrice schumpeterienne de se faire. De plus, ce genre de politique peut amener à la création de bulles, vouées à éclater. Et donc au final à amplifier les dégâts sur le long terme (par exemple lorsque le gouvernement US a baissé ses taux suites à l'éclatement de la bulle des dot com, cela a conduit à la création d'une bulle dans l'immobilier, qu'on a combattu par l'endettement des états, ce qui nous a conduit dans la crise de surendettement des états actuelle).
D'autre part, lorsque l'état s'endette, il y a également un effet d'éviction: ce qui est emprunté par l'état ne peut plus l'être pour les agents privés... Ou alors vous créez de la monnaie ex nihilo, ce qui finira tôt ou tard par se traduire par de l'inflation (**).

Bon tout cela est simplifié, mais c'est l'idée.

(*) Les USA peuvent augmenter significativement leur endettement sans faire monter leur taux d'emprunt car les bons US constituent une valeur refuge, surtout en période de crise, et/ou lorsque l'état incite/oblige à acheter des bons du trésors par diverses techniques.
(**) Le dollar constituant la monnaie internationale, ils peuvent se permettre de créer de la monnaie ex nihilo sans que cela se traduise par une forte inflation domestique.

jean-michel bélouve

L'efficacité d'une économie repose essentiellement sur l'existence d'un tissus d'entreprises performantes, compétitives, innovatrices et de ressources humaines compétentes. La disponibilité de ressources naturelles importantes est un plus. De telles économies bénéficient, de plus, d'une attractivité qui attirent les capitaux. Tout cela est indépendant des manipulations monétaires et des artifices budgétaires. L'économie des USA répond assez bien à ces conditions.

La théorie Keynésienne envisage le cas de récession, et propose une politique de grands travaux publics venant en relais de l'activité privée, financée par le déficit public, et dont par l'endettement public. Cette démarche n'est susceptible de réussir que si trois conditiona sont réunies.

1 Elle ne peut s'appliquer qu'à un espace économique fermé, protégé par de puissantes barrières douanières, et ne réalisant que peu d'échanges avec l'étranger. Dans ces conditions, l'argent public finançant de grands travaux crée des revenus du travail et du capital qui vont se recycler plusieurs fois dans des échanges commerciaux et produire un effet multiplicateur. En économie ouverte, et encore plus en économie mondialisée, cette stratégie est inopérante, car l'argent public déversé se dilue dans des échanges avec le monde entier, et c'est un gaspillage pur et simple.

2 Le déficit ne doit servir qu'à financer des investissements publics, qui vont accroitre la performance économique globale de l'espace considéré. On crée ainsi les conditions d'un retour à la croissance qui doit permettre un désendettement public ultérieur.

3 La démarche doit être momentanée, le temps du retour à une croissance qui permettra le désendettement.

De tout cela, on peut conclure que le keynésianisme est une doctrine obsolète en économie mondialisée. D'autre part, les politiques de déficit budgétaire chronique et déconnectées de grands programmes d'investissements n'ont rien de keynésien, mais ne traduisent que laxisme et incompétence.

jean-michel bélouve

...

vincent

@MarcusVicinus:

En dollars constants, le PIB/ tête US est toujours inférieur à celui de 2007 (2006: 43743$ / 2012: 43229), Le nombre de personnes employées est passé de 146 millions à 142 (seules des manipulations sur la "population active" rendent le taux de chômage présentable).

Dans le mmême temps, la population a continué de croitre, de 304 à 314 millions. Le ratio actifs/inactifs se dégrade donc à la vitesse grand V.

Ajoutons que l'ObamaCare, pour des raisons expliquées ici par Mish Shedlock, provoque un "boom" des emplois à temps partiel, réduisant certes le nombre de chômeurs, mais au détriment du revenu moyen des salariés.
http://globaleconomicanalysis.blogspot.fr/2012/11/obamanamics-explained.html

Il est vrai que la population employée a repris des couleurs en 2012 (+2M), mais ce fut très long à se décider, c'est la première fois qu'une reprise est aussi lente à se manifester, et à un taux si faible.


Cette brillante réussite a été acquise pour le prix modique de 6000 milliards de dollars de dette supplémentaire, soit +30% du PIB, ou +60% de la valeur de départ, pendant le règne d'Obama (et +40%/+78% en tenant compte de la désastreuse dernière année de Bush)

Je vous laisse calculer le surcroit d'intérêts que cela représente.

Tôt ou tard, cette "sur dette" devra être remboursée. Soit l'économie se libère (hypercroissance), soit elle replonge, si l'endettement ainsi contracté se révèle non soutenable.

On ne peut pas acheter de croissance durable par l'explosion du crédit.

MarcusVinicius

Ok, merci.

Vincent

Pris d'une crise de folie, l'anti-spam de mon blog a censuré certains commentaires pourtant parfaitement valides. Toutes mes excuses à Mateo et JM Belouve pour la gêne occasionnée

Robert Marchenoir

La limite à la privatisation se situe là où un monopole, pour des raisons techniques, rend le service plus efficace.

Dans ce cas, soit il est confié à l'Etat -- avec tous les risques d'inefficacité et de complaisance inhérents au fonctionnariat ; soit il est confié à un concessionnaire privé, avec tous les risques de connivence et de corruption propres aux relations entre l'Etat et les grandes entreprises monopolistiques, susceptibles d'annuler l'avantage théorique de l'entreprise privée.

Vincent

@Robert : D'accord,

mais je ne suis pas sûr que nous donnions au terme "technique" le même périmètre.

Pour ma part, j'estime que le "core business" de la police et de l'armée ne sont pas privatisables, pour des raisons "sociologiques". J'ignore si vous englobez le "sociologique" dans le "technique".

Mais c'est juste pour pinailler.

Mateo

@ MarcusVinicius

Je rajouterais une chose: amusez-vous à calculer combien chaque création nette d'emploi a coûté en terme d'augmentation de la dette. ;)

richard

Alors que le maire ecologiste de Sevran voit ses demandes de prêts rejetés par les banques et lance un SOS vers l'etat sous peine de déclarer sa commune en faillite.
On apprend que la Banque Postale, comme par hasard, ouvre une offre de crédit de plus de 4 milliards d'Euros pour les collectivités locales.
Cette fuite en avant de la dette est suicidaire.
Les épargnants devraient massivement retirer leurs économies de La Poste, pour les placer chez HSBC ou Barclay.

Robert Marchenoir

Vincent,

D'accord pour la police et l'armée, et la justice, et la diplomatie... Pour moi ça doit rester dans l'Etat.

Quand je parlais de monopole technique, c'est là où ça se discute, dans la zone grise : l'électricité, le train...

Le train est un bon exemple. Il y a des cas où le privé est efficace pour faire rouler les trains (les débuts du chemin de fer en France et aux Etats-Unis). Il y en a d'autres où le public est efficace (la SNCF de la grande époque, la Suisse depuis un siècle).

Il y a encore d'autres cas où on sait que la situation est inefficace, mais où c'est difficile d'attribuer la faute au public ou au privé, parce que les deux sont mélangés de façon indémerdable !

C'est le cas en Angleterre, traditionnel argument des anti-libéraux pour prétendre que le libéralisme ne marche pas. Mais l'usine à gaz anglaise se compose de plusieurs compagnies privées qui font rouler les trains, plus une compagnie qui possède les rails, et qui est une espèce de machin faussement privé à statut spécial qui n'a pas le droit de faire des profits, donc qui est, en pratique, public.

Il est bien difficile de dire si le fait que le train anglais est pourri (ce qui est assez largement reconnu) est dû à la présence du privé, à la présence du public, à la présence de plusieurs compagnies de train différentes, à l'attribution des trains et des rails à des entreprises séparées, au statut hybride de l'entreprise qui possède le réseau, ou encore à d'autres facteurs.

Un intéressant résumé historique de la nationalisation des chemins de fer en Suisse :

http://www.cff.ch/groupe/entreprise/historique.html

D'ailleurs, plutôt que de lire d'interminables discussions théoriques sur le sexe des anges libéraux (je ne parle pas de ce blog...), j'aimerais bien lire des études pratiques et concrètes sur ces entreprises de la zone grise, qui évaluent l'efficacité comparée des systèmes publics, privés, ou mixtes ayant réellement existé.

Je ne pense pas qu'on puisse avoir de position dogmatique a priori sur les secteurs d'activité à monopole naturel.

Robert Marchenoir

Autre secteur d'activité de la zone grise à monopole naturel : le téléphone.

Entre 1945 et 1960 (au doigt mouillé), le réseau téléphonique français (public) était moins performant que le réseau téléphonique américain (privé, sauf erreur de ma part).

C'était l'époque du 22 à Asnières, où la moitié de la France attendait le téléphone et l'autre moitié attendait la communication. En ce temps-là, il était courant de faire intervenir un ministre ou un député (pour ceux qui avaient la chance d'en avoir parmi leurs relations) pour avoir le téléphone sans attendre un an.

Puis, entre 1960 et 1980, le téléphone français (public toujours) est devenu plus performant et techniquement plus avancé que le téléphone américain. Il restait, aux Etats-Unis, des villages entiers qui devaient se partager une seule ligne téléphonique commune (on décrochait le téléphone, et s'il n'y avait personne d'autre qui parlait, c'était bon, on pouvait y aller). Chose absolument impensable en France à cette époque.

Puis, la donne a encore changé avec l'avènement du portable et d'Internet, en faveur du privé (mais avec, désormais, des problèmes d'oligopole, de concession de licences, de création forcée de concurrence par l'Etat, etc : voir l'arrivée de Free dans le portable).

Robert Marchenoir

Ha ! Encore un com qui a été bouffé par l'anti-spam velu, après avoir été publié une première fois avec succès. Je suppose qu'il est caché à la cave.

Vincent

@Robert:

Pour les chemins de fer suisses, naviguez dans
www.rprudhomme.com

et trouvez le PDF qui traite du sujet. Vous verrez que c'est moins mauvais que la SNCF mais pas top. Ceci dit, le cout moyen du km de voie en suisse est incommensurablement plus élevé qu'en France (montagnes partout).

Entre 60 et 80, le téléphone US était un quasi monopole de AT&T corp, fondé par Graham Bell. C'est en 82 ou 83 que ATTC perd un procès anti trust qui la coupe en 7 et permet l'arrivée de concurrents.

jean-michel bélouve

@ Robert Marchenoir
Certes, les PTT des années 60-70 ont fait passer le réseau téléphonique obsolète des années 50 à l'ére de l'électronique. Je me souviens qu'en 1971, ayant acquis un logement neuf à Marly-le-Roi, j'ai du payer la somme de 20000 francs aux PTT d'Etat pour obtenir le raccordement ! C'est donc grâce à un véritable rackett que l'Etat a modernisé le réseau. Pensez-vous que des opérateurs privés auraient été incapables de mettre en oeuvre les technologies modernes, et à un bien meilleur coût ?

Robert Marchenoir

Je me contente de constater les faits. Les 20 000 F que vous avez payés ne sont nullement représentatifs de ce que coûtait une ouverture de ligne à l'époque. C'est une exception.

Si vous avez payé une somme aussi astronomique, c'est, je suppose, que vous étiez loin du réseau.

Si vous construisez aujourd'hui une maison au milieu de nulle part à un endroit éloigné de l'eau courante et des lignes EDF, je suppose que vous paierez aussi ce type de somme, voire davantage.

Et si mon hypothèse est exacte, oui, certainement, vous auriez payé aussi cher avec un opérateur privé, voire il ne vous aurait pas desservi du tout.

On a beaucoup parlé de racket rétroactivement pour les PTT, mais cela ne correspond pas à la réalité. Le scandale, s'il scandale il y a, se situait dans la pénurie de lignes, dans la possibilité de faire intervenir un piston politique pour avoir une ligne plus vite, et dans l'impossibilité de contester les erreurs de facturation.

Vous ne pouvez pas juger les prix de l'époque en fonction des prix d'aujourd'hui. C'est un peu comme si vous disiez que le prix des ordinateurs était scandaleusement élevé en 1980, en les comparant aux prix actuels.

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