Aujourd'hui, un "Guest Post" signé Silvère Tajan
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Lorsque les pères fondateurs de la République des Etats-Unis d'Amérique édifièrent leur pays, la majorité d'entre eux, représentés par Thomas Jefferson, avaient développé une aversion profonde pour le financement public par l'endettement. Ayant trop souffert pour s'extirper des chaînes de la tyrannie du roi d'Angleterre, ils jugeaient leur liberté nouvellement acquise trop précieuse pour risquer de lui donner une nouvelle chaîne, celle de l'endettement perpétuel.
Les pères fondateurs contre la dette
Thomas Jefferson n'avait pas de mot assez dur pour dénoncer le péril que faisait courir la dette sur une république démocratique :
"Nous ne devons pas laisser nos dirigeants nous affubler d'une dette perpétuelle. Nous devons faire notre choix entre l'économie (Ndt : au sens de "économe") et la liberté d'une part, et la profusion et la servitude de l'autre. Si nous devions nous endetter de cette manière, nous n'aurions plus le temps de penser, plus de moyen de mettre ceux qui nous gouvernent si mal face à leurs responsabilités, mais en serions réduits à nous féliciter de gagner les moyens de notre maigre subsistance à poser les rivets des chaînes aux cous de nos compagnons d'infortune ... Ainsi en est il des tendances de tous les gouvernements humains. Un écart aux principes toléré une seule fois devient le précédent pour justifier un nouvel écart ... et ainsi de suite jusqu'à ce que la masse de la société en soit réduite à la servitude ... Et galoppe en tête de ce cortège effrayant la dette publique, suivie par l'impôt et dans son train la misère et l'oppression"
Aussi, il fut expressément convenu que le gouvernement fédéral ne pourrait en aucun cas émettre de dette de son propre chef, et qu'il devrait en demander l'autorisation expresse devant le Congrès des Etats-Unis, qui ne pourrait l'autoriser que par un vote public à la majorité. L'équilibre institutionnel des pouvoirs réservait l'endettement public fédéral à des événements exceptionnels, enterrinés par le Congrès en vote solennel. La lourdeur de la procédure contraignait de facto l'émission de nouvelles dettes.
La sagesse des pères fondateurs aux oubliettes
C'était il y a près de deux siècles. Aujourd'hui, le Département du Trésor Américain conduit plus de 200 opérations d'émission de dette ... chaque année. Cet incommensurable "progrès" n'a été rendu possible que par une loi votée en 1917 (l'année a son importance), dans le cadre du Second Liberty Bond Act. Une fois de plus, c'est en profitant de l'urgence apparente de la première guerre mondiale, dans laquelle les Etats-Unis venaient de s'engouffrer, que le Congrès accepta de laisser le Trésor organiser des émissions de dette nouvelles selon son bon vouloir.
Néanmoins, pour éviter tout emballement gouvernemental et fuite en avant dans la dette, on instaura une limite statutaire à la dette fédérale, un plafond voté par le Congrès et que le gouvernement ne saurait pouvoir dépasser. On imaginait à l'époque que le fait pour un gouvernement d'atteindre le plafond d'endettement et de devoir se présenter devant les réprésentants du peuple pour réclamer de relever le plafond de la dette publique fédérale serait un acte dont le caractère honteux et peu reluisant serait suffisant pour en limiter les occurences aux cas d'extrême urgence. Comme je l'ai dit : c'était une autre époque.
Plafond mobile...
Depuis 1940, le plafond de la dette fédérale américaine a été relevé 74 fois par un vote du Congrès. 74 fois en moins de 70 ans. Par 3 fois le Congrès releva ce plafond à trois reprises durant la même année. La dernière fois que le plafond de la dette fut relevé, fut le 12 février 2010, quand le nouveau plafond fut poussé à 14 294 milliards de dollars, grâce à un relèvement historique de 1900 milliards de dollars, le plus important jamais voté dans l'histoire des Etats-Unis. Cette augmentation, plus de deux fois plus grande que n'importe qu'elle autre augmentation du plafond depuis qu'il a été mis en place, est supérieure au volume TOTAL de la dette américaine à son niveau de 1984. Ainsi les Etats-Unis ont émis plus de dette dans la dernière année écoulée que dans toute l'histoire de leur pays jusqu'en 1984. Car cette augmentation historique du plafond de la dette, vieille de moins d'un an, est sur le point de montrer ses limites face à la pression déficitaire du gouvernement Obama. On estime qu'au rythme actuel, il sera nécessaire de voter une nouvelle augmentation du plafond avant la fin du premier trimestre 2011, ou au début du second au plus tard.
Nouvelle majorité, courage ou illusion ?
Entrent en scène les nouveaux représentants et sénateurs élus à l'automne dernier sous la pression du mouvement Tea Party. Le 6 janvier dernier, la nouvelle chambre des représentants a tenu sa session d'ouverture à laquelle participait le plus important afflux de nouveaux congressmen depuis plus de 20 ans. Parmi eux, 85 nouveaux représentants Républicains, dont 35 n'ont jamais tenu de fonction élective auparavant. Les premiers mots du nouveau Speaker, le Républicain John Boehner furent pour le peuple américain et la question de la dette :
"Le peuple Américain nous a rappelé à notre devoir humilité. Il a raffraichi nos mémoires en nous rappelant combien le privilège de le servir demeure temporaire. Ceci est leur Congrès. C'est le leur, pas le nôtre. Nos dépenses nous ont rattrapés, et notre dette éclipsera bientôt en taille toute notre économie."
Je ne connais pas bien John Boehner. Je ne lui fais aucun crédit particulier pour de telles déclarations : un des principaux artisans du programme No Child Left Behind de Bush au travers duquel le budget du Department of Education a doublé, il avait pourtant soutenu quelques années auparavant le Contract with America de Newt Gingrich, qui appelait au contraire à la suppression du même Department. Comme constance dans l'engagement politique, on fait mieux. En outre, il a voté en faveur du TARP, qui a organisé le honteux sauvetage des banques sur le dos des contribuables américains. Non : je ne fais pas crédit à John Boehner de ces déclarations de principe : le crédit en revient au Tea Party et à la poignée de nouveaux élus résolus à faire tenir aux Républicains leurs promesses de campagne.
Vers une bataille contre l'état providence
Au-delà de ces déclarations sympathiques mais qui n'engagent pas à grand chose, il semble en effet qu'une frange de Républicains menés dans les deux chambres par Ron et Rand Paul, le père et le fils, respectivement élus au Congrès et au Sénat, soit déterminée à utiliser le prochain vote sur le relèvement du plafond de la dette pour ouvrir les hostilités contre l'Etat Providence, la dépense publique incontrôlée et la spirale infernale de la dette. Ron Paul, l'homme qui a fait découvrir Frédéric Bastiat au journal Le Monde, avait ouvert les hostilités dès la fin du mois de Novembre 2010, en publiant une tribune pour mettre la pression sur la majorité républicaine au nouveau Congrès autant que sur l'administration Obama.
La proposition de Ron Paul est simple : refuser toute fuite en avant que constituerait un nouveau recul du plafond de la dette, ne voter - au mois le mois - pas plus de dépenses publiques que le Département du Trésor n'aura levé en impôt, et refuser toute loi de programmation budgétaire (appropriation bill) pour 2012 qui ne serait pas au moins 10% moins dispendieuse que son équivalent en 2011.
Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour que l'administration Obama commence à allumer des contre-feux. Par la voix d'Austan Goolsbee, chairman du White House Council of Economic Advisor, les conseillers du président cherchent à tout prix à semer la peur et le doute auprès des élus républicains et du public.
"Si nous atteignons le plafond de la dette, c'est en essence faire défaut sur nos obligations, ce qui est sans précédent dans l'histoire américaine. L'impact sur l'économie serait catastrophique"
L'important pour Obama est de gagner le soutient implicite des Républicains "modérés" qui ne voudraient utiliser ce vote que comme monnaie d'échange dans les discussions sur la réduction des dépenses publiques, comme il l'avait fait tout récemment en acceptant de reconduire les réductions d'impots de l'ère Bush arrivant à expiration au 1er janvier 2011, contre une acceptation tacite des derniers textes de lois qu'il voulait faire passer avant la fin de la session du Congrès précédent. Les partisans d'une ligne plus dure sur la question de la dépense publique et du déficit fourbissent donc leurs armes pour que ce vote ne soit pas simplement l'objet d'un marchandage de plus, mais le signal net d'une inversion de tendance.
Qui serait coupable, les raisonnables ou les dépensiers ?
Dans les médias, on a ainsi pu voir Peter Schiff, candidat malheureux au Sénat mais figure toujours en pointe dans le débat public sur les limites de l'Etat Providence, attaquer avec vivacité (vidéo) les déclarations alarmistes de l'administration Obama.
Ses arguments ne manquent pas de force : refuser de relever le plafond de la dette ne peut être assimilé à faire défaut sur la dette, car il existe évidemment une autre option, celle de baisser les dépenses pour équilibrer le budget. En définitive, une telle déclaration de la part d'un gouvernement revient à proclamer qu'en cas d'impossibilité de se refinancer à crédit, le gouvernement préfèrera planter ses créanciers plutôt qu'envisager de réduire ses dépenses publiques à un niveau acceptable. En essence, nous explique Peter Schiff, c'est reconnaître que le budget des Etats-Unis fonctionne comme une pyramide de Ponzi :
"C'est l'annonce officielle par notre gouvernement que nous avons organisé une chaîne de Ponzi. Réfléchissez à ce qu'il est en train de dire : si nous ne pouvons plus emprunter plus d'argent, si nous ne pouvons nous enfoncer encore un peu plus dans l'endettement, alors nous allons faire défaut. Nous ne rembourserons pas l'argent que nous avons déjà emprunté. C'est exactement ce qu'a fait Bernie Maddof. (...) Qui pourrait vouloir aujourd'hui conserver des bons du trésor américain, si nous disons : "à la minute où nous ne pourrons emprunter plus d'argent, nous ferons défaut sur nos dettes".
Il n'est pas faux de dire qu'un refus de relever le plafond de la dette serait difficile à gérer. Mais quelle signification peut-on donner à l'inverse au fait qu'il soit nécessaire de relever de nouveau ce plafond moins d'un an après avoir autorisé la plus grande augmentation du plafond depuis sa mise en place ? S'il était prévisible de devoir de nouveau le relever dans un temps aussi court, pourquoi ne pas l'avoir relevé plus il y a un an ? A partir de quel moment doit-on mettre les politiciens en face de leurs responsabilités ? Chaque augmentation du plafond est sensée être la dernière, or ça ne fut jamais le cas pour les 74 demande de relèvement du plafond de ces 70 dernières années. Comme le dit Peter Schiff :
"Le gouvernement a besoin d'une forme de discipline (fiscale). Quel est l'intérêt d'avoir un plafond pour la dette si chaque fois que nous atteignons ce plafond, nous l'augmentons. Quel genre de plafond est-ce là ?"
Car l'accusation selon laquelle le refus de relever le plafond de la dette provoquerait un armageddon économique dont il faudrait imputer la responsabilité à ceux qui auraient refusé une nouvelle fuite en avant est un terrible renversement des causes et des conséquences
"Ce qui causera l'armageddon, c'est de continuer à le relever sans cesse, et de continuer à imprimer de l'argent pour le financer, et de détruire notre monnaie : ça, ça sera un armageddon. Si nous pouvons contraindre Washington à plus de responsabilité en matière fiscale, nous éviterons l'armageddon. C'est même la seule façon de l'éviter."
Quand Andrew Jackson avait mis fin à la première expérience de Banque Centrale aux Etat-Unis mise en oeuvre par les partisans d'Alexander Hamilton, il fut soumis aux exactes mêmes menaces :
"Vous mes dites que si je retire les dépôts de la banque et annule sa charte, je ruinerai 10 000 familles. C'est peux être vrai, messieurs, mais c'est là votre péché. Si en revanche je vous laissais continuer, vous ruinerez 50 000 familles, et là, ce péché serait le mien !"
Le courage, c'est mieux dans l'opposition
Il faut une certaine dose de courage politique pour accepter les dures conséquences économiques à court terme d'une décision bénéfique à plus long terme. Et le courage n'est pas la vertu la plus partagée dans nos élites politiques. C'est pourtant l'essence même du capitalisme que d'accepter une privation dans l'immédiat (la formation d'un capital à partir d'une richesse produite au lieu de sa consommation immédiate) pour espérer un gain dans le futur.
C'est justement au courage politique qu'appelait il y a quatre ans un jeune sénateur fraîchement élu, en prenant la tête des opposants au vote pour relever le plafond de la dette réclamé par Georges Bush.
"Le fait que nous sommes réunis aujourd'hui pour débattre du relèvement du plafond de la dette de l'Amérique est une preuve de la faillite de nos dirigeants. C'est la preuve que le gouvernement américain ne peut pas payer ses factures. C'est la preuve que nous dépendons désormais de l'assistance continue de pays étrangers pour financer la politique fiscale imprudente de notre gouvernement ... Accroître la dette de l'Amérique nous affaiblit au niveau local comme international. Faire preuve de leadership, c'est être capable dire : "assez". A la place, Washington déplace le fardeau des choix difficiles sur le dos de nos enfants et petits-enfants. L'Amérique fait face à un problème de dette, et à une faillite de ses dirigeants. L'Amérique mérite mieux."
Les arguments du sénateur rejoignent ceux de Thomas Jefferson formulés deux siècles plus tôt : la dette publique perpétuelle est une nouvelle forme de servitude. Reconnaître que nous ne pouvons y renoncer est reconnaître que nous sommes enchaînés à la dette. Jefferson avait vu juste. Chaque écart passé a servi à justifier le suivant. Et aujourd'hui encore relever le plafond de la dette, autoriser un peu plus longtemps la fuite en avant dans l'endettement nous est vendu comme ne relevant pas d'un choix politique, mais d'une nécessité économique incontournable. Il ne suffirait pourtant que d'un peu de courage politique pour briser la spirale de l'endettement et reprendre en main notre destin économique.
Le talent oratoire du jeune sénateur ne suffit pas à l'époque, et le relèvement du plafond fut voté par 52 voix contre 48. Peu de gens avaient conscience alors de la pertinence de l'analyse et des paroles du sénateur : dans les 4 années qui suivirent, la dette américaine augmenta de 50% soit 5000 milliards de $ et le plafond dut de nouveau être relevé à 6 reprises.
Le jeune sénateur n'atteignit jamais à la fin de son mandat. Il s'appelait Barack Obama, et se présentait alors comme l'apôtre du changement.
© janvier 2011 - Silvère Tajan
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C'est toujours le même problème de social-clientélisme : les politiciens ont intérêt à acheter des avantages à des groupes électoralement rentables en répartissant la souffrance (impots+dette) de la manière la plus indolore possible.
Il se trouve qu'aux USA, il peut être électoralement payant de promouvoir la baisse des dépenses publiques. Ils ont de la chance.
Rédigé par : Franck Boizard | mercredi 12 janvier 2011 à 08h44
Ron Paul parlait déjà du danger de Fannie Mae et Freddie Mac en 2003. Et Le Monde parle de théories "semi-obscures". C'est en fait eux qui font preuve d'un obscurantisme économique.
Ron Paul est le seul à vraiment respecter la Constitution des Etats Unis. J'espère vraiment qu'il ira loin aux prochaines élections. Il faut un parti libertarien crédible dans la durée pour au moins être un contrepoids au populisme budgétaire des gros partis.
A mon avis la fuite en avant s'arrêtera quand la note de la dette américaine sera rétrogradée. A mon avis, ça créera un soulèvement populaire similaire au Tea Party dans la volonté politique mais d'une amplitude beaucoup plus grande.
Je suis beaucoup plus pessimiste pour la France. Je ne vois pas comment on pourrait sortir du cercle vicieux de la dette. En cas de défaut de paiement, je vois aussi un soulèvement populaire mais qui vociférerait contre la suppression de services publics.
Rédigé par : MiltonFriedmanFan | mercredi 12 janvier 2011 à 09h33
@Franck Boizard
Ca c'est la vision optimiste. La vision pessimiste-réaliste c'est de dire que si le discours sur la réduction des dépenses publiques peut être politiquement payant aux Etats-Unis, force est de constater qu'une fois au pouvoir, ses partisans d'un jour n'infléchissent pas la courbe des dépenses vers le bas. Les derniers exemples que sont les années Reagan ou le Contract with America de Newt Gingrich sont très parlant : au delà des discours, la dépense publique a continué d'augmenter, comme la dette.
Comme ici, il semble que la seule chose qui infléchira la dépense publique et fera reculer l'Etat Providence, c'est le mur de la dette, l'incapacité technique d'aller plus loin dans l'endettement ou l'imposition, en un mot l'insolvabilité, la faillite.
Est ce que l'existence d'un discours critique vis à vis de la dépense publique et de l'endettement permettra aux Etats-Unis de faire machine arrière avant de butter contre ce mur des réalités ? C'est une possibilité. Je l'espère, mais elle n'est malheureusement pas étayée par des exemples dans l'histoire économique et politique récente (et moins récente) des Etats-Unis.
On peut au minimum espérer que le maintien d'un discours politique critique vis à vis de l'omnipotence étatique outre atlantique, permettra un rebond plus facile, plus naturel une fois le mur atteint. Chez nous au contraire, la disparition progressive et avérée de tout discours public favorable au retrait de l'Etat de l'économie, le reniement de valeurs libérales pourtant anciennement ancrées dans la mentalité française, rendra plus problématique la refondation d'une économie sur des bases plus saines et au moins partiellement débarrassées du poids de l'Etat. A moins que ces valeurs, à commencer par notre attachement historique à la propriété privée, ne soit que légèrement enfouies sous le vernis socialisant de l'Etat Providence et d'un modèle social français fantasmatique, et qu'un tel accident économique suffise à le mettre à jour.
Rédigé par : ST | mercredi 12 janvier 2011 à 09h51
@MiltonFriedmanFan
> Ron Paul est le seul à vraiment respecter la
> Constitution des Etats Unis. J'espère vraiment
> qu'il ira loin aux prochaines élections.
S'il se présente. Je l'espère vivement, malgré son age avancé, car s'il avait été marginalisé par le parti Républicain en 2008, il ne pourra plus en être de même dans le contexte actuel. Il ne pourra être utilisé comme épouvantail, mais au contraire agira comme un aimant qui forcera les autres candidats pendant les primaires à infléchir leurs positions dans son sens.
> Il faut un parti libertarien crédible dans
> la durée pour au moins être un contrepoids
> au populisme budgétaire des gros partis
Ron Paul, qui a essayé sans succès la voie du Parti Libertarien avant de revenir chez les Républicains, pense au contraire qu'il faut un mouvement libertarien fort au sein du parti Républicain, plutôt qu'un parti Libertarien fort mais d'aucun poids électoral dans un système de bipartisme. Son pari commence à payer.
> A mon avis la fuite en avant s'arrêtera quand
> la note de la dette américaine sera rétrogradée.
> A mon avis, ça créera un soulèvement populaire
> similaire au Tea Party dans la volonté politique
> mais d'une amplitude beaucoup plus grande
C'est possible, et c'est tout ce que je leur souhaite. Le vrai problème est que la rétrogradation pourrait arriver trop tard. Si les USA étaient rétrogradés dès aujourd'hui, ce qui serait logique et normal, en effet, un tel mouvement pourrait infléchir les choses. Mais comme souvent, la rétrogradation arrivera au dernier moment, quand il sera trop tard. Rappelez vous que les agences de notations donnaient encore Lehmann Brothers comme strong AAA deux jours avant sa faillite. Si le système des agences de notation fonctionnait, ca ferait longtemps que nous aurions été dégradé, et les Etats-Unis aussi, et nous n'en serions pas là.
Rédigé par : ST | mercredi 12 janvier 2011 à 10h00
Concrètement qu'est-ce qui se passe si ce fameux plafond n'est pas relevé ? J'ai entendu ici ou là que les fonctionnaires fédéraux ne seraient plus payés ?
Couper les dépenses, c'est bien beau, mais brutalement, comme ça du jour au lendemain, ça peut faire plus de mal que de bien, et plonger le pays (et le monde par effet domino) dans la récession et le chômage. Il faut tenir compte du fait que de nombreuses entreprises dépendent littéralement des perfusions publiques.
Sans compter les risques d'émeutes.
Alors attention, je ne suis pas pour la dépense, bien au contraire. Mais cela ne doit-il pas se faire progressivement, pour éviter un choc trop rude ? (Remède pire que le mal) ? Ou bien doit-on s'inspirer du traitement des alcooliques ? (sevrage brutal sous surveillance médicale. Mais attention, ça secoue, et le patient n'est pas "opérationnel" de sitôt).
Rédigé par : MarcusVinicius | mercredi 12 janvier 2011 à 19h38
@MarcusVinicius
> Concrètement qu'est-ce qui se passe si ce fameux
> plafond n'est pas relevé ? J'ai entendu ici ou là
> que les fonctionnaires fédéraux ne seraient plus
> payés ?
Il se passe que le gouvernement fédéral ne peut plus emprunter. Chaque mois, il va devoir payer ses dépenses uniquement avec ses revenus, c'est à dire le produit de l'impôt (mon dieu, mais c'est terrible, ne pas dépenser plus que ce que l'on gagne ...). Il va devoir ordonner ses dépenses pour savoir lesquelles seront honorées, et lesquelles seront supprimées. Le gouvernement actuel nous fait croire qu'ils seront incapable de supprimer les dépenses autre que le remboursement des emprunts arrivant à échéance, d'où un défaut sur la dette. C'est un peut court. D'autres comme vous l'évoquez, invoquent le spectre d'un non paiement des fonctionnaires fédéraux. De toute façon, il faudra faire des choix.
> Couper les dépenses, c'est bien beau, mais
> brutalement, comme ça du jour au lendemain, ça
> peut faire plus de mal que de bien, et plonger le
> pays (et le monde par effet domino) dans la
> récession et le chômage
D'abord, le pays y est déjà dans la récession et le chômage, et c'est justement à cause de l'endettement et des dépenses publiques incontrôlées. Alors n’inversons pas l'ordre de causalité.
Ensuite, on ne serait pas obligé de le faire brutalement si on l'avait fait plutôt. La responsabilité des effets d'une diminution brutale des dépenses publiques revient à ceux qui auraient pu le fait moins brutalement plus tôt.
Mais c'est pas comme si on avait le choix : plus on continue, plus on attend, pire c'est, plus les choses s'aggravent.
> Il faut tenir compte du fait que de nombreuses
> entreprises dépendent littéralement des
> perfusions publiques.
C'est un faux argument : pour toute entreprise qui dépend des perfusions publiques, il y a une autre entreprise qui est rançonnées pour perfusée la première. En retirant la perfusion, vous tuez la première, mais réanimez la seconde.
> cela ne doit-il pas se faire progressivement,
> pour éviter un choc trop rude ?
Encore une fois, ce n'est pas comme si on avait vraiment le choix. Le déficit est tellement énorme, il accroit tellement la dette chaque nouveau mois qui passe qu'il rend tout espoir de salut chaque mois plus improbable. C'est pour ça qu'il faut agir vite et fort, si tant est qu'on en ait encore le temps. En outre, je ferais remarquer aux partisans de la solution progressive que je ne vois aucune raison pour laquelle un nouveau répit aboutira à un quelconque progrès : ca n'a pas été le cas toutes les fois précédentes. Pourquoi ce serait différent cette fois ci ? Qu'est ce qui vous fait croire qu'un nouveau sursis ne nous reconduira pas dans un 1 an (ou moins), exactement au point où nous en sommes, avec une dette encore et toujours plus grande, un déficit aggravé, et exactement les mêmes arguments que ceux que vous tenez aujourd'hui dans la bouche de ceux qui prêcheront pour ne pas céder à la méthode forte, voudront de la progressivité et craindront un remède pire que le mal ?
Pour résumer, si la limite n'est pas là, ici, aujourd'hui, maintenant : où la placerez vous ? Avec quelle justification objective ?
Rédigé par : ST | mercredi 12 janvier 2011 à 21h50
@ST
"Ron Paul, qui a essayé sans succès la voie du Parti Libertarien avant de revenir chez les Républicains, pense au contraire qu'il faut un mouvement libertarien fort au sein du parti Républicain, plutôt qu'un parti Libertarien fort mais d'aucun poids électoral dans un système de bipartisme. Son pari commence à payer."
Exact. Ca crée d'ailleurs de la confusion en France. C'est peut être un peu pour ça que la plupart des gens ont tendance à prendre les néo-conservateurs pour des néo-libéraux. Mais cela n'a pas empêché Ron Paul de critiquer les dépenses excessive de G.W. Bush à l'époque. C'est en ce sens que je parlais de contrepoids.
Mais finalement, le problème ne provient il pas de la démocratie elle même? Je vois mal un politicien dire face à une crise ou même face à un problème de société "La meilleure solution est de ne rien faire". Comment satisfaire des électeurs sans dépenser? La solution est d'avoir une Constitution solide qui empêche les dérives, mais les Etats Unis sont l'exemple d'un pays qui n'a pas su se tenir à ses principes fondateurs. Si les Etats Unis n'ont pas pu le faire qui le peut?
Rédigé par : MiltonFriedmanFan | jeudi 13 janvier 2011 à 10h28
Comme quoi, quelques soient les institutions, si les hommes sont mauvais, le résultat sera mauvais.
C’est l’histoire d’un système qui dérive lentement avec de mauvaises habitudes qui se créées. Un seul homme, fut il Président, n’a pas les moyens pour le réformer. La réforme s’imposera d’elle même lorsque le système menacera réellement de s’effondrer ou que le peuple se réveillera brutalement (façon Tunisie). On en est peut être plus très loin.
Rédigé par : JB7756 | jeudi 13 janvier 2011 à 11h45
@MiltonFriedmanFan
> cela n'a pas empêché Ron Paul de critiquer les
> dépenses excessive de G.W. Bush à l'époque.
> C'est en ce sens que je parlais de contrepoids
Absolument. Et pas que les dépenses excessives. La guerre en irak, le patriot act, national id etc etc ... Ron Paul a été le premier et le plus grand pourfendeur des néo-conservateurs.
> Mais finalement, le problème ne provient il
> pas de la démocratie elle même? Je vois mal un
> politicien dire face à une crise ou même face à
> un problème de société "La meilleure solution est
> de ne rien faire". (...)
> La solution est d'avoir une Constitution solide
> qui empêche les dérives, mais les Etats Unis sont
> l'exemple d'un pays qui n'a pas su se tenir à ses
> principes fondateurs.
Je ne pense pas que le problème soit en soi la démocratie. Cela montre que la démocratie seule, et des institutions solides seules ne sont pas suffisantes pour sauvegarder les libertés à terme. Il est aussi important, capital même, que la culture et les valeurs de la société demeurent libérales. Quand vous dites "Je vois mal un politicien dire face à une crise ou même face à un problème de société : La meilleure solution est de ne rien faire" => vous voyez mal comment ce serait possible car vous vivez dans une société qui pose comme principe que l'Etat est une solution aux problèmes de gens. Si vous vivez dans une société qui croit que l'Etat est juste le garant des libertés individuelles, ce type de discours ne vous paraitra pas incongru. Il ne me parait pas incongru à moi. C'est d'ailleurs tout le travail de Ron Paul face aux médias de remettre en perspective les questions des journalistes. En résumé, on lui demande toujours d'une façon ou d'une autre "qu'est ce que doit faire l'Etat sur tel ou tel point", et il essaye de répondre "mais est ce à l'Etat de faire quelque chose ? est-ce bien son rôle ?". Notez bien qu'il ne dit pas "rien ne doit être fait". Le problème est de reconnaître que si quelque chose doit être fait, ce n'est pas toujours à l'Etat d'entreprendre ce quelque chose. Le problème n'est donc pas celui de la démocratie en soi, ou des institutions, c'est celui des valeurs qui fondent notre société et notre culture. C'est pourquoi le combat politique libéral ne sert pas encore à grand chose aujourd'hui en France, tant que l'on n'a pas rétabli un tant soit peu un discours porteur de valeurs libérales dans la société auparavant. Sans cela, la réponse libérale est inintelligible pour le public.
Rédigé par : ST | jeudi 13 janvier 2011 à 12h00
Juste une petite parenthèse.
J'ai suivi le lien renvoyant à la page de l'Immonde sur les Paul père et fils et leurs références régulières à Bastiat. Je ne suis pas un lecteur de ce "journal", mais je vois que l'auteur est aussi peu honnête que ses confrères bien-pensant...
La dernière phrase de l'encart consacré à Bastiat: «Peu avant, dans le même texte, La Loi, Frédéric Bastiat brosse son autoportrait en ces termes: "Je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot un économiste de l'école anglaise ou américaine." Il ne saurait si bien dire.»
Étant un lecteur de Bastiat (et ayant un peu participé au site bastiat.org de François-René Rideau), j'ai voulu vérifié le contexte dans lequel il avait cité ces mots. Bien m'en a pris!
Non seulement il ne s'agit pas de La Loi, mais de L'État. Mais Bastiat rapporte en fait les accusations portées à son encontre:
«Au milieu de ce tumulte, et après que le pays a changé deux ou trois fois son État pour n'avoir pas satisfait à toutes ces demandes, j'ai voulu faire observer qu'elles étaient contradictoires. De quoi me suis-je avisé, bon Dieu! ne pouvais-je garder pour moi cette malencontreuse remarque?
«Me voilà discrédité à tout jamais; et il est maintenant reçu que je suis un homme sans cœur et sans entrailles, un philosophe sec, un individualiste, un bourgeois, et, pour tout dire en un mot, un économiste de l'école anglaise ou américaine.
«Oh! pardonnez-moi, écrivains sublimes, que rien n'arrête, pas même les contradictions. J'ai tort, sans doute, et je me rétracte de grand cœur. Je ne demande pas mieux, soyez-en sûrs, que vous ayez vraiment découvert, en dehors de nous, un être bienfaisant et inépuisable, s'appelant l'État, qui ait du pain pour toutes les bouches, du travail pour tous les bras, des capitaux pour toutes les entreprises, du crédit pour tous les projets, de l'huile pour toutes les plaies, du baume pour toutes les souffrances, des conseils pour toutes les perplexités, des solutions pour tous les doutes, des vérités pour toutes les intelligences, des distractions pour tous les ennuis, du lait pour l'enfance, du vin pour la vieillesse, qui pourvoie à tous nos besoins, prévienne tous nos désirs, satisfasse toutes nos curiosités, redresse toutes nos erreurs, toutes nos fautes, et nous dispense tous désormais de prévoyance, de prudence, de jugement, de sagacité, d'expérience, d'ordre, d'économie, de tempérance et d'activité.»
Ignorance et malhonnêteté. Le "journalisme" comme à son habitude.
Fin de la parenthèse.
Rédigé par : Hefjee | jeudi 13 janvier 2011 à 16h34
@Hefjee
Merci pour cette édifiante précision.
Plus rien ne m'étonne. Déjà, introduire Bastiat au lecteur français par le seul prisme d'une ultra-droite américaine d'ailleurs largement fantasmée, sans replacer son travail dans le contexte de l'époque, et ne serait que faire remarquer par exemple que Bastiat siégeait à gauche à l'assemblée, qu'il s'est puissamment opposé au colonialisme, qu'il n'a eu de cesse de dénoncer la nationalisation des caisses de secours mutuel au détriment des ouvriers qui les avaient créées ...
Rédigé par : ST | jeudi 13 janvier 2011 à 17h08
@ Hefjee : Très juste remarque. Je puis vous révéler sans trahir de secret que le cercle Frédéric Bastiat a préparé un droit de Réponse au monde. J'ignore si nous parviendrons à le faire prendre en compte par la rédaction.
Rédigé par : vincent | jeudi 13 janvier 2011 à 19h19
"Le problème n'est donc pas celui de la démocratie en soi, ou des institutions, c'est celui des valeurs qui fondent notre société et notre culture."
En France, c'est très problématique. Je n'avais pas lu la partie de l'article consacré à Bastiat mais ça prouve bien la malhonnêteté des journalistes censés être objectifs. Nous n'avons pas de Fox News pour rééquilibrer le débat. De plus, comment formé des esprits libres quand ils sont tous les jours en contacts avec des professeurs aux sensibilités gauchistes? C'est sans évoquer les énormités anti-capitalistes qu'on peut trouver dans certains manuels.
Je pense que la société que vous décrivez se rapproche des Etats Unis. Après tout, on parle d'un pays où les idées d'Ayn Rand et Milton Friedman on été très populaires. Et qui le sont sans doute toujours puisque le peuple américain a répondu tout de suite aux milliards de dollars dépensés par Obama en votant républicain. Malgré cet attachement à la liberté, depuis des décennies, la dette n'a cessée d'augmenter.
Rédigé par : MiltonFriedmanFan | vendredi 14 janvier 2011 à 11h32
@vincent
> Je puis vous révéler sans trahir de secret que
> le cercle Frédéric Bastiat a préparé un droit
> de Réponse au monde. J'ignore si nous
> parviendrons à le faire prendre en compte par
> la rédaction
C'est une excellente nouvelle. Tiens nous au courant du progrès éventuel de cette entreprise.
@MiltonFriedman
> Nous n'avons pas de Fox News pour rééquilibrer
> le débat.
Fox News est assez largement à la solde des Neo Conservateurs. Face à la poussée libertarienne portée par le tea party, comme par commodité par posture d'opposition, on va retrouver en ce moment pas mal d'idées libérales (au sens européen classique) qui n'étaient pas aussi audibles quand Bush était au pouvoir par exemple.
N'oublions pas non plus que Fox News a été la chaîne la plus ouvertement anti-Ron Paul pendant la campagne de 2008, n'hésitant devant rien pour tenter de décrédibiliser ses positions. Mais vous avez raison, en étant une voix dissonante parmi les autres chaînes à sensibilité démocrates, Fox News permet un certain rééquiilbrage des discours.
> comment formé des esprits libres quand ils sont
> tous les jours en contacts avec des professeurs
> aux sensibilités gauchistes?
C'est tout le problème d'avoir un quasi monopole de l'éducation aux mains de l'appareil d'Etat, éducation nationale qui a été livré après la guerre aux communistes lors de l'union nationale d'après guerre (programme de la résistance etc.) parce que De Gaule pensait que c'était l'endroit où ils pourraient faire le moins de dégats : grave erreur.
Mais rappelons nous que cette emprise ne date que de 50-60 ans à peine. C'est beaucoup mais c'est peu au regard des racines culturelles de notre pays. Nous n'avons peut être pas d'Ayn Rand et de Milton Friedman mais nous avons eu des Bastiat, des Constant, des Tocquevilles etc ... La pensée libérale française fut l'une des plus féconde : on peut penser que derrière le vernis socialiste inculquée depuis un demi siècle, demeurent les racines de valeurs libérales plus profondément ancrées. Un accident de l'histoire pourrait réveiller ces racines, pour peu qu'on veille à en entretenir la flamme.
Rédigé par : ST | vendredi 14 janvier 2011 à 12h55
@Vincent & ST
Personnellement, j'ai du mal à être optimiste quant à un sursaut libéral des Français.
J'espère tout de même que cette entreprise du cercle Frédéric Bastiat aboutira et que -- soyons fous -- le journaliste auteur de l'article reverra ses a priori sur F.Bastiat et le Libéralisme.
On peut toujours rêver...
Rédigé par : Hefjee | vendredi 14 janvier 2011 à 14h05